Photographie de Benoît DelhommeQuand je suis sage et que prends le métro le soir et pas le cab pour aller jusqu'à Liège, je n'ai pas envie très envie de lire Le Tigre (bien golri) ni les Inrocks (qui m'aspirent jusqu'au bout de la ligne 1 le matin). Je préfère me mirer dans la vitre pleine de reflets. (Je le fais aussi le matin et le soir - bien entendu.)
Mais le soir, toute apprêtée, rouge aux lèvres, mèche ondulante (maintes fois replacée), parfum au garde-à-vous, coeur battant, la vitre m'engloutit- et mes pensées. Elles divaguent. Il suffit un coup d'oeil échangé à droite, avec un garçon barbu qui m'éclabousse de sa lumière crue, et je crois, oh, il me regarde- c'est vrai! Non je n'ose pas vérifier, le rouge des lèvres monte aux pommettes, la pompe cardiaque irradie encore davantage. Alors je n'en peux plus- et j'ose. De la vitre qui m'inspire, j'arrache mes yeux et les pose sur lui. Et en fait rien. Tout s'évanouit.
Je ris de moi jusqu'à la fin du trajet. Je sors-seule, ou presque à cette station où personne ne monte et ne descend jamais. Parfois il y a des pas aveugles derrière alors je cours et je cours encore les deux grappes d'escaliers, les cheveux s'emmêlent avec le vent frais, le rouge monte au front, cette fois. Et j'arrive essoufflée chez lui. Ca peut commencer.
